Press

Feature

Révélation lyrique avec le premier récital de Benjamin Bernheim


Élégance des phrasés, beauté caressante du timbre, diction exemplaire. Benjamin Bernheim a tout pour s’affirmer comme un des grands ténors de la nouvelle génération.

Cela faisait quelques années que nos colonnes avaient repéré cet astre à venir. Héros tout récemment d’une intégrale discographique de premier plan, le lumineux Benjamin Bernheim nous arrive aujourd’hui dans ce qui se présente bel et bien comme une consécration, un disque récital pour un des labels les plus prestigieux.

Le public ne sera pas déçu, même si le programme ne brille pas par son originalité. Hormis le rarissime « Tout est fini pour moi sur la terre » extrait du Dante de Benjamin Godard, tous les airs du CD ont été enregistrés maintes fois par les grands ténors du présent et du passé.

On écoutera donc plutôt cet album comme la carte de visite d’un jeune artiste, qu’on rêve d’entendre un jour en live dans chacun de ces différents emplois. Faust, Roméo, Werther sont déjà les rôles d’élection d’un ténor dont on ne sait s’il faut d’abord admirer la beauté et la chaleur d’un timbre caressant, l’égalité des registres ou la perfection de la diction. Vous pensiez connaître par cœur le rêve de Des Grieux ? Vous aurez l’impression de l’entendre pour la première fois, et cette fois-ci en y croyant pour de bon. Même remarque pour un Werther torturé par ses sentiments, pour un Roméo réellement amoureux, pour un Faust véritablement épris. Ce miracle de classe et d’élégance vocale vaut également pour les airs italiens. Si le Duc de Rigoletto et Alfredo de La Traviata correspondent idéalement aux moyens actuels de ce ténor à l’instrument encore essentiellement lyrique, et qui ne fait qu’une bouchée des grands airs de Lucia et de L’elisir, Rodolfo de Luisa Miller laisse déjà entrevoir pour les années à venir la possibilité d’emplois un peu plus lourds. Mais qu’on ne se presse pas ! On préférera pour le moment, issu d’un tel gosier, le Faust de Gounod à celui de Berlioz. Autre surprise à laquelle on ne s’attendait guère, la beauté du russe de l’air de Lenski, d’un romantisme à toute épreuve. Et que dire de cet air de Godard, qui exprime en plus, au-delà de cette diction de rêve, une réelle urgence et un véritable élan dramatique. L’orchestre PKF – Prague Philharmonia, sous la baguette experte d’Emmanuel Villaume, apporte tout son soutien à un projet qui, bien plus que la présentation d’un artiste prometteur, propose une galerie de portraits de héros romantiques en diable, qui bouleversent les canons de la convention et de la tradition. Qu’on se le dise, une nouvelle étoile vient de naître.