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Jeune ténor de la scène lyrique français, il est de retour à Paris pour chanter Rodolfo à l’Opéra Bastille, dans la mise en scène futuriste de Claus Guth, fin décembre.

Fansdeculture: Vous chantez principalement des rôles de jeunes romantiques aux amours incertaines voire contrariées. Avez-vous un attrait particulier pour ceux-ci ou sont-ils bons pour votre voix?

Benjamin Bernheim: Je pense simplement qu’une grande partie de ces rôles convient à une voix comme la mienne. Je profite de ma voix et de la palette de couleurs que je peux développer en ce moment. Le moment est idéal pour moi techniquement et en fonction de mon âge pour aborder ces rôles qui demandent de la jeunesse, de la flexibilité mais aussi des couleurs et du culot.

F: Toujours au sujet des rôles, les travaillez-vous en utilisant les sources littéraires à l’origine du livret comme pour “Faust” par exemple?

BB: Je lis bien sûr le livret pour avoir une idée du texte dans son ensemble. Et je me renseigne sur l’œuvre auprès de diverses sources. La chance d’avoir de nos jours un outil comme Internet nous permet d’approcher une grande variété de documents et de textes issus de recherches musicologiques ou d’expériences de chanteurs, chefs d’orchestre et metteurs en scène. J’ai donc l’embarras du choix mais aussi je me donne le temps de le lire et de découvrir de nouveaux écrits alors même que j’ai déjà chanté un rôle en question.

F: Parlons de Rodolfo que vous interpréterez bientôt à Bastille. Votre façon de l’aborder a-t-elle évolué au fil des productions et des chefs d’orchestre?

BB: Pour mon cas, oui. Je chante ma quatrième production de “La Bohème” et ma troisième nouvelle production. J’ai donc eu la chance à l’Opernhaus de Zurich, au Royal Opera House de Londres et ici, à Bastille, de voir se développer des projets nouveaux. C’est une grande chance qui m’est donnée car je ne chante ce rôle que depuis deux ans. Chaque nouveau cast (distribution NDLR) apporte déjà son lot de découvertes car toutes les voix sont différentes, ce qui musicalement est déjà un changement d’une production à l’autre. L’énergie du chef nous donne aussi une impulsion qui nous permet à chaque nouvelle production ou nouvelle série de représentation d’être unique. Cela nous permet donc de grandir, d’évoluer et de poser notre modeste brique sur le grand mur de ce qu’est l’histoire de toutes les “Bohème” chantées dans le monde depuis qu’elle estdonnée. On se sent petit, car on l’est, mais aussi chanceux car ce n’est pas donné à tout le monde .

F: Nous sommes un soir de représentation. Que faites-vous avant d’entrer en scène pour tromper le stress?

BB: En général, je flâne dans l’opéra. Je viens toujours très tôt avant les représentations et j’adore aller sur scène alors même que le décor n’y est pas et sentir l’opéra se remplir petit à petit.

F: Nous sommes un soir de relâche. Reposez-vous votre voix ou travaillez-vous des partitions futures?

BB: Les deux. Selon si le rôle que je chante me demande beaucoup, ou si j’ai peu de temps entre les représentations, je me ménage et reste au calme. Mais souvent, il n’y a rien de mieux que de chanter un autre répertoire et de travailler un rôle pour s’oxygéner et penser à autre chose.

F: Depuis le début de votre apprentissage du chant, avez-vous fait des rencontres qui vous ont marqué?

BB: Chanter pour Carlo Bergonzi, Jaume Aragall et Placido Domingo font partie des rencontres qui m’ont vraiment inspiré. J’ai eu la chance de chanter en troupe de l’Opéra de Zurich avec les meilleurs interprètes de cette période et en particulier de travailler sous la direction de Nello Santi à plusieurs reprises. Un grand bonheur et un grand honneur.

F: Quelle est votre oeuvre préférée?

BB:J’en ai plusieurs, mais après avoir vu “Don Carlos” récemment à Bastille, il est redevenu l’un de mes favoris.

F: Vous avez chanté avec des collègues prestigieux. Y en a-t-il d’autres avec qui vous aimeriez collaborer?

BB: J’adorerais travailler avec Ricardo Chailly et Yannick Nézet-Seguin et partager la scène avec Ludovic Tezier dans le répertoire français en particulier.

F: Vous répétez en ce moment à Paris, avez-vous un endroit favori dans la capitale pour flâner?

BB: Je ne peux pas choisir un lieu a Paris. C’est une ville magique mais si on a la chance et le temps de s’y perdre, on y découvre tous les jours des endroits extraordinaires.