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BENJAMIN BERNHEIM : « MON ATTACHEMENT EST À CETTE VILLE MERVEILLEUSE QU’EST PARIS ! »


Avec en deux ans des débuts dans la plupart des grandes scènes lyriques européennes et mondiales, Benjamin est aujourd’hui LE ténor francophone qui monte ! A l’occasion de sa présence à Paris pour interpréter Faust au Théâtre des Champs Elysées, le jeune ténor franco-suisse a bien voulu se prêter aux questions de Toute la Culture sur sa carrière en pleine explosion

– Benjamin Bernheim, même si ce n’était pas votre première apparition dans la capitale (on se souvient de votre Flamand à l’Opéra Garnier), le public parisien vous a plus largement découvert fin 2017 en Rodolfo à l’Opéra Bastille dans la mise en scène controversée de la Bohème par Claus Guth : quels souvenirs gardez-vous de cette production ?
Cette production était difficile à défendre. Pas parce qu’elle se déroule dans un vaisseau spatial ou sur une lune dans une galaxie lointaine mais bien parce qu’on était quand même a deux pas du quartier latin… à la fin cette production a fait un ”buzz” extraordinaire. Les jeunes générations se sont pressées pour voir La Bohême VS Star Wars ou Star Trek!!! Pour cela le pari de l’Opéra de Paris a été une grande réussite. Et n’oublions pas que malgré le fait que le livret n’était pas respecté à la lettre, cette production de Claus Guth était, visuellement, d’une grande poésie. Quant à moi en tant que jeune ténor de ma génération… j’ai créé une nouvelle production de La Bohême à l’Opéra National de Paris… et ça c’est un grand honneur!!!

– Après avoir interprété Spakos dans Cléopâtre de Massenet sous la direction de Michel Plasson, vous revenez ce 14 juin au TCE dans le rôle de Faust. Outre le fait de chanter dans votre ville natale, avez-vous un attachement particulier à cette salle ?
Ce dont je me souviens du TCE est que l’acoustique est très agréable et que la jauge du théâtre est à échelle humaine. Cela peut sembler peu important mais pour un artiste de sentir que la salle répond en direct et que nous pouvons voir les visages des spectateurs les plus éloignés me procure un sentiment d’intimité important! Mon attachement à ce théâtre est plus géographique qu’artistique pour l’instant car quand je vis à Paris j’habite à quelques centaines de mètres du TCE ce qui est très pratique. Étant né dans le XIXème arrondissement on pourrait penser que j’ai plus d’attachement à la Philharmonie mais en réalité mon attachement est à cette ville merveilleuse qu’est Paris…

– La version originale inédite de 1859 recréée grâce au Palazetto Bru Zane vous a-t-elle demandé beaucoup de travail par rapport à la version traditionnelle que vous avez interprétée à Riga et Chicago ?
Comme vous le mentionnez j’ai déjà chanté Faust deux fois… et déjà deux versions différentes. À Riga la scène de Walpurgis y était intégrée alors qu’à Chicago elle était coupée. Mais à Chicago les deuxièmes airs de Marguerite et Siebel étaient chantés.
L’intérêt de cette ”Première Version” de Faust est bien de revenir à l’origine voir même a la sémantique de l’œuvre de Gounod. On y apprend une quantité extraordinaire de chose comme par exemple : qui sont les apprentis du Dr. Faust… Le prénom de Faust! … et bien d’autres choses que les versions ultérieures de cette œuvre ont malheureusement coupées.

– Le fait que cette version soit interprétée sur instruments anciens par Christophe Rousset et ses Talens Lyriques a-t-il modifié votre façon d’aborder le rôle ?
Le sentiment est très agréable parce que les instruments anciens nous donnent une vibration différente des instruments dits modernes! Par contre l’intensité et le volume sont extraordinaires quand l’orchestre joue un fortissimo. Ce n’est le même fortissimo qu’un orchestre d’aujourd’hui car il est moins perçant mais plus organique. J’ai vu jour après jour Christophe Rousset se familiariser avec les sonorités de cette œuvre avec son orchestre avec un énorme plaisir… C’est un grand plaisir de chanter sous sa direction!

– On a pu vous entendre aussi récemment en récital à la Philharmonie de Paris interpréter le rôle de Roméo de Gounod : quand aura-t-on le plaisir de vous entendre à la scène dans l’intégralité de ce rôle ?
C’est prévu pour dans pas longtemps mais il faudra encore patienter pour l’annonce…

– Vous avez déclaré récemment n’être pas encore prêt pour Werther (même si le public parisien a été conquis par votre Lied d’Ossian à la Philharmonie), quels autres rôles français envisagez-vous d’aborder dans les prochaines années ?
Le répertoire français que je veux aborder maintenant est celui du lyrique jeune. Werther en fait partie sur le papier mais je veux encore attendre. Les rôles Faust, Roméo, Des Grieux, Hoffmann, représentent mon répertoire français pour les cinq prochaines années. Nous verrons ensuite pour une écriture plus corsée.

– Vous serez à nouveau en septembre 2019 sur la scène de l’Opéra Bastille en Alfredo de la Traviata (un de vos actuels rôles de prédilection) dans une nouvelle mise en scène de Simon Stone : avez-vous des indications sur son idée de l’œuvre et êtes-vous prêt à autant d’originalité qu’avec Claus Guth pour la Bohème ?
Je rectifie, cette nouvelle production de La Traviata se donnera au Palais Garnier… ce qui, je ne le cache pas, me ravit… je retrouverai Garnier quelques années après Capriccio en 2015/16 et je suis impatient. Quant à la production je n’ai encore aucun détail ou même piste sur ce qu’elle va défendre comme idée ou esthétique… nous verrons…

– Après avoir chanté Parigi o cara avec Olga Peretiatko vous partagerez dans cette production la scène avec la Violetta de Pretty Yende. Lors du récent festival de Cannes un collectif d’actrices noires s’est élevé contre la discrimination dont elles sont victimes et le regard qui leur est porté dans le cinéma : pensez vous que les chanteuses de couleur manquent elles aussi de visibilité sur les scènes lyriques internationales ?
Le monde de l’opéra n’est pas facile pour les non-européens. Les chanteurs d’origine asiatique et africaine ont souvent plus de peine à se faire une place dans un métier qui est à 80% en Europe. C’est une réalité mais les choses changent et j’en suis ravi tant par la chance qu’a ce métier de découvrir de plus en plus de voix venues du monde entier que par les codes qui sont bousculés… c’est une merveilleuse chose que le monde d’aujourd’hui ! Tout est possible et tout le monde a le droit de chanter et de défendre un rôle! Cela dit n’oublions pas que le monde de l’opéra et de la musique classique a toujours du retard sur la musique pop et le cinéma. L’Orchestre Philharmonique de Vienne était il n’y a pas si longtemps que cela encore une phalange orchestrale composée d’hommes… les choses ont bien changé et je m’en réjouis.

– Vous êtes depuis 2012 un habitué du festival de Salzbourg, les mélomanes français auront-ils une chance dans les prochaines années de vous entendre aussi l’été en France ?
Ce n’est pas prévu pour l’instant mais les choses vont très vite dans ce métier…

– Vous avez débuté en quelques années dans les plus grandes salles d’opéra (Berlin, Vienne, Paris, Londres, Chicago, Milan en 2019) allez-vous encore conquérir d’autres publics lors des prochaines saisons?
Je crois que c’est déjà pas mal non ? Ce qui me réjouis le plus est de retourner chaque saison défendre ces institutions qui me sont déjà chères!
J’ai un métier extraordinaire ! Je suis payé à écouter et à faire de la musique… et en plus j’ai l’honneur de chanter sur des grandes scènes…